Plusieurs outils dopés à l’intelligence artificielle et libres d’accès voient le jour, avec la promesse de faire oublier les célèbres logiciels de l’entreprise de création numérique.

Adobe est mort, vive ArtCraft ? Cette entreprise, dirigée par un ingénieur logiciel nommé Brandon Thomas, propose, depuis le 3 octobre dernier, sept applications équivalentes aux logiciels les plus emblématiques d’Adobe, dont Photoshop, Premiere, After Effects, Illustrator, Lightroom, InDesign et Acrobat.

Il s’agit de PhotoCraft (Photoshop), VectorCraft (Illustrator), FilmCraft (Premiere Pro), LightCraft (Lightroom), EffectCraft (After Effects), DesignCraft (InDesign) et PrintCraft (Acrobat Pro), toutes disponibles en open source et entièrement gratuites.

Autrement dit, n’importe qui peut consulter leur code, le copier et utiliser ces programmes à sa guise sans débourser un centime. Chez Adobe, l’accès à l’ensemble de ces applications coûte environ 70 dollars par mois, soit quelque 840 dollars par an.

Il s’agit donc, pour les utilisateurs, d’un moyen de faire des économies substantielles. Pas étonnant de voir les marques de reconnaissance envers le projet se multiplier sur GitHub. « J’adore voir des entreprises cupides aux pratiques prédatrices comme Adobe se faire démolir. Merci », a ainsi écrit un internaute.

Un état d’avancement variable selon les outils

Un autre s’est rappelé les fois où Adobe lui avait facturé des frais de résiliation. « Depuis, je les déteste », a-t-il fait savoir, illustrant l’engouement autour de cette initiative réalisée grâce à l’intelligence artificielle, notamment le modèle Opus 5.5 de Claude, l’IA d’Anthropic.

Un essai permet de juger de la fiabilité de quelques-uns de ces clones. PhotoCraft, la copie gratuite de Photoshop, propose les fonctions attendues, dont les calques, les masques, les calques de réglage et 27 modes de fusion.

L’application ouvre et enregistre aussi de véritables fichiers Photoshop, communément appelés PSD. Lors d’un test réalisé par ArtCraft, 307 fichiers PSD sur 309 ont ainsi conservé le même aspect après enregistrement.

Cela laisse supposer que la plupart des fichiers Photoshop devraient pouvoir être ouverts et enregistrés sans problème. Sauf que l’auteur indique qu’il ne s’agit « pas encore d’un remplacement de Photoshop pour un usage professionnel quotidien ».

Une légalité sujette à questions

ArtCraft ajoute par ailleurs que la parité fonctionnelle de PhotoCraft avec Photoshop reste largement inférieure à 50%. Il n’y a ainsi pas de remplissage génératif par IA, et une vingtaine d’outils manquent encore à l’appel.

Les plugins, ces extensions que l’on achète pour ajouter des fonctionnalités, ne fonctionnent pas non plus pour le moment. Si vous retouchez des photos pour le plaisir, vous pouvez donc l’essayer. Dans le cadre d’un travail professionnel, Adobe reste un meilleur recours.

LightCraft, qui vise Lightroom, revendique environ 79% de ses fonctions, avec une réserve concernant l’ouverture de fichiers RAW provenant d’appareils Canon récents. Les autres applications affichent également des taux de reproduction variables par rapport aux originaux.

Mais comment imiter les produits d’Adobe sans risquer de poursuites judiciaires ? La réponse tient à la méthode utilisée. Baptisée « salle blanche », ou clean-room implementation en anglais, celle-ci consiste à recréer les fonctionnalités d’un logiciel en écrivant un nouveau code, sans copier celui d’origine.

« C’est comme goûter un gâteau célèbre, puis préparer le vôtre à partir de rien, sans jamais avoir vu la recette de celui que vous imitez », ironise Duncan Rogoff, ancien directeur artistique pour des marques comme Apple, PlayStation et Nissan. La question des brevets d’Adobe pourrait toutefois donner lieu à plusieurs interprétations, selon PetaPixel.

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