
Tavus, startup d’intelligence artificielle basée à San Francisco, a dévoilé un modèle capable de mener une conversation en temps réel avec un humain, avec un certain réalisme. Une nouvelle illustration du rétrécissement de la frontière entre la réalité et l’illusion.
« Hassaan, comment ça va ? Il est assez tard chez toi. As-tu réfléchi davantage à la manière dont nous allons présenter Griffin ? »
« Je ne sais pas. Quelles sont tes idées ? »
« Je pense qu’on devrait arrêter d’essayer de l’expliquer et simplement montrer à quoi ça ressemble. »
« Tu penses qu’on devrait montrer un enregistrement de notre conversation, ou quelque chose comme ça ? »
« Je pense qu’une vidéo de nous en train de discuter, comme maintenant, serait la meilleure façon de le démontrer. »
Si cet échange ressemble à un dialogue entre deux personnes, c’est parce qu’il en a tout l’air. Hassaan Raza, PDG et cofondateur de l’entreprise américaine d’intelligence artificielle Tavus, discute en l’occurrence en ligne avec une interlocutrice.
Cette femme aux cheveux roux et au visage rayonnant a tout d’un être humain. Et pourtant, elle n’en est pas un. Il s’agit en réalité d’une interface générée par l’IA.
Un réalisme bluffant
Baptisé Griffin, ce dernier modèle vidéo de la société est destiné à repousser les limites du « test de Turing vidéo ». Conçu par le mathématicien britannique Alan Turing en 1950, celui-ci consiste à vérifier si une IA peut tenir une conversation en visioconférence de façon suffisamment réaliste pour être prise pour un humain.
Concernant Griffin, il aurait ainsi entretenu l’illusion pendant une minute auprès de 48% des 54 personnes réunies dans le cadre d’un test réalisé par l’entreprise elle-même. La machine se distingue par son caractère dit « full-duplex ».
Elle est en effet capable de recevoir et de produire des informations simultanément. Elle combine ainsi la perception vidéo, le raisonnement conversationnel et la génération vidéo dans un seul système.
L’IA « rit, change de ton et adapte son comportement en fonction de ce que son interlocuteur dit et fait », décrit la startup créée en 2020 sur son site internet.
Des usages variés
Dans l’une des vidéos partagées par Tavus, l’interlocuteur de Griffin lui indique que son ordinateur portable ne s’allume pas, tout en sollicitant son aide. L’IA lui répond : « Bien sûr. Peux-tu me montrer l’ordinateur et son voyant d’alimentation ? »
Selon la société, le modèle se classe premier au test de référence vidéo FDB de Nvidia pour les interactions d’IA en face-à-face. Accessible pour l’instant à quelques testeurs triés sur le volet, Griffin pourrait s’avérer utile dans bien des situations et domaines.
Parmi les usages envisagés figurent le tutorat et les cours particuliers, le service client, les entretiens et l’accompagnement professionnel, l’assistance dans le domaine de la santé ou encore les échanges avec des personnes qui souhaitent avoir des compagnons virtuels.
« Chez Tavus, nous croyons en un avenir où les machines s’adaptent à nous. Où elles apprennent à communiquer de la manière qui nous vient le plus naturellement. Elles apprennent à voir, à entendre, à répondre et même à nous ressembler. Au fond, nous voulons que l’informatique devienne invisible. Que son utilisation soit une seconde nature », explique Hassaan Raza.
