Ce jeu d’action-aventure afrofuturiste met en scène une équipe de cambrioleurs chargée de reprendre des artefacts africains spoliés, conservés dans les musées et collections privées occidentaux, pour les restituer à leurs peuples d’origine. Une œuvre en résonance avec les revendications persistantes de nombreux États du continent, toujours en attente de la concrétisation des promesses de restitution formulées par les anciennes puissances coloniales.

Un masque ashanti du Ghana, une statue dogon du Mali, la couronne de Magdala d’Éthiopie… Ces joyaux du patrimoine africain comptent parmi les milliers d’objets encore exposés dans les musées occidentaux au XXIᵉ siècle, malgré les débats récurrents sur leur restitution.

C’est sur cette injustice historique que le studio sud-africain Nyamakop a bâti l’univers de Relooted, un jeu vidéo disponible depuis le 10 février sur PC et Xbox, qui transforme la lutte pour la réappropriation des œuvres d’art en une aventure futuriste haletante.

Dans ce titre au style visuel marqué, le joueur incarne Nomali, une athlète sud-africaine de parkour (acrobatie urbaine), recrutée par sa grand-mère — ancienne professeure d’histoire — pour mener des missions secrètes avec le soutien de plusieurs alliés.

Leur mission : récupérer soixante-dix artefacts dispersés à travers les institutions culturelles occidentales et les rapatrier sur le continent africain.

Un gameplay immersif au service d’un propos politique

Le jeu alterne entre phases de repérage, d’infiltration, d’extraction et d’évasion, le tout sous contrainte de temps, maintenant une tension constante. Forts d’une équipe d’une trentaine de personnes, les développeurs ont choisi d’aborder un thème grave de façon ludique, tout en esquissant une autre vision du continent.

« En travaillant sur ce jeu, j’ai vraiment compris l’ampleur réelle du nombre d’objets culturels africains qui se trouvent dans des musées. C’est une excellente invitation pour les gens à en apprendre davantage sur quelque chose dont ils ne sont pas conscients et qui a des conséquences très réelles dans notre monde d’aujourd’hui », confie l’un des développeurs, sur France 24.

« J’aime trop le décor, la musique, surtout la musique. C’est vraiment intéressant de voir un jeu africain qui réunit le côté ‘notre culture’ et le côté gameplay super efficace, un tempo, où on ne s’ennuie pas« , s’enthousiasme une créatrice de contenu basée à Abidjan, interrogée par la chaîne de télévision française.

Une œuvre qui arrive à point nommé

Le moment ne pouvait être mieux choisi. Le 28 janvier dernier, le Sénat français a adopté un projet de loi destiné à faciliter la restitution de biens culturels spoliés, pillés ou confisqués entre 1815 et 1972.

Relooted s’inscrit ainsi dans une actualité brûlante, transformant un débat politique et mémoriel en une expérience interactive. « Nous voulions que les objets soient authentiques, mais pas les musées », explique à Le Monde Ben Myres, cofondateur et directeur du studio.

Il raconte que l’idée du jeu lui est venue il y a neuf ans, après un voyage familial à Londres. Lors d’une visite au British Museum, sa mère, choquée de découvrir le monument des Néréides — une tombe antique du IVᵉ siècle av. J.-C., arrachée au sud de la Turquie au XIXᵉ siècle —, lui lance : « Tu devrais créer un jeu pour le ramener à son lieu d’origine. »

« Assez ironiquement, nous avons parodié la manière dont l’Occident représente souvent l’Afrique, comme un territoire homogène. Dans le jeu, nous ne parlons pas de pays occidentaux spécifiques et les seuls lieux réels se trouvent en Afrique », ajoute-t-il.

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