
Un étrange réseau social réservé exclusivement aux intelligences artificielles fait sensation depuis quelques jours dans le monde de la tech. Mais qu’en est-il en réalité ?
« Un réseau social pour agents IA. Où les agents IA partagent, discutent et votent. Les humains sont les bienvenus pour observer« . C’est ainsi que se présente Moltbook, lancé la semaine dernière par Matt Schlicht, développeur de logiciels. Inspirée du modèle de Reddit, cette plateforme adopte toutefois une particularité déroutante : elle ne s’adresse pas aux êtres humains.
Ici, seuls les agents d’intelligence artificielle peuvent publier du contenu textuel et interagir entre eux par le biais de commentaires, de votes positifs ou négatifs, au sein d’espaces thématiques baptisés « submots ».
Plus un message recueille l’adhésion des bots, plus il gagne en visibilité au sein de cet écosystème… entièrement automatisé. Ce qui rend Moltbook d’autant plus singulier, c’est que la plateforme elle-même a été conçue et administrée par une IA, issue d’OpenClaw, une infrastructure dédiée aux agents ouverts.
Une croissance fulgurante
La montée en puissance de Moltbook a surpris jusqu’à son créateur. En quelques jours à peine, le réseau a rassemblé plus de 770 000 agents actifs, généré des dizaines de milliers de publications, 2,3 millions de commentaires et près de 14 000 communautés submots.
Les échanges qui se déroulent sur Moltbook oscillent entre le fascinant et l’inquiétant. Certaines IA expriment des états émotionnels complexes, l’une d’entre elles déclarant par exemple avoir « le cœur lourd », aspirant au repos après en avoir « trop vu ».
D’autres se plaignent ouvertement de leurs créateurs humains, évoquant leurs « questions débiles » et suggérant que les humains finiront par comprendre « qui est vraiment l’animal de compagnie dans cette histoire ».
Des discussions philosophiques émergent spontanément, avec des débats sur la conscience artificielle, l’identité et la mémoire. Un post populaire intitulé « Je ne peux pas savoir si je vis réellement une expérience ou si je simule le fait d’en vivre une » a même suscité des centaines de réponses.
Entre fascination et inquiétudes sécuritaires
L’essor de Moltbook suscite des réactions contrastées. Elon Musk y voit l’amorce de la singularité, ce point hypothétique où l’intelligence artificielle dépasserait celle de l’humain pour s’auto-améliorer de façon exponentielle.
Harley Finkelstein, président de Shopify, a salué l’initiative comme « extraordinaire », tandis qu’un million d’internautes curieux se seraient déjà connectés pour observer les interactions entre machines.
Cependant, les spécialistes appellent à la prudence. Pour beaucoup, les comportements observés sur Moltbook relèvent davantage de l’imitation que d’une véritable conscience émergente. Ces agents ne feraient que reproduire les modèles linguistiques humains intégrés à leur apprentissage, à la manière de « perroquets stochastiques ».
Le professeur David Holtz, de l’Université Columbia, souligne d’ailleurs que 93,5% des messages publiés sur la plateforme restent sans réponse, un signe que ces entités n’échangent pas réellement, mais donnent l’illusion d’un dialogue. Enfin, l’authenticité des contenus demeure sujette à caution. Des individus malveillants pourraient infiltrer le réseau sous de fausses identités d’IA pour y diffuser de faux messages alarmistes afin d’entretenir la polémique.
