La peur panique instillée par le nouveau pouvoir américain à toutes les voix dissidentes contribue à la popularité de l’application de messagerie réputée pour son culte du secret dans le rang des agents de l’État. Cela ouvre toutefois la porte à des dérives, car les communications gouvernementales sont censées être accessibles au public.

« Je ne suis pas sûr qu’il existe aujourd’hui un seul fonctionnaire qui ne parle pas à ses collègues sur Signal« . Cette déclaration frappante attribuée par le Washington Post à Jonathan Kamens, spécialiste en cybersécurité, témoigne de la profonde transformation numérique qui s’opère actuellement à Washington.

Cette métamorphose des communications a rapidement propulsé l’application de messagerie instantanée Signal comme l’outil privilégié des agents de l’administration fédérale depuis la prise de fonction de Donald Trump à la Maison Blanche il y a deux mois.

Élu sur la promesse explicite de représailles contre ses adversaires politiques, le président républicain mène désormais ce que beaucoup considèrent comme une véritable purge administrative.

Il révoque systématiquement les habilitations de sécurité de ses prédécesseurs démocrates et procède au licenciement massif de fonctionnaires suspectés de ne pas adhérer pleinement à son programme politique.

Entre peur et nécessité

La crainte est palpable, parfois même irrationnelle, parmi les personnes au service de l’État. Une employée de la NASA avoue ainsi au Post, avoir récemment hésité à publier une photo personnelle sur les réseaux sociaux, de peur qu’elle puisse être interprétée comme une reconnaissance de l’existence du changement climatique.

Dans ces conditions, Signal s’est imposée comme un canal d’expression moins exposée, d’après des témoignages recueillis par le Washington Post auprès de deux douzaines d’employés fédéraux.

La plateforme reconnue pour sa confidentialité absolue et son système de cryptage sophistiqué, a ainsi été téléchargée plus de 2,7 millions de fois aux États-Unis depuis le début de l’année, soit une augmentation de 36% par rapport à la même période en 2024, selon les données de la société d’intelligence de marché Sensor Tower.

La transparence gouvernementale en péril

De quoi mettre la transparence démocratique en péril. Car les communications des employés fédéraux sont régies par des lois sur les archives fédérales et des règles d’éthique.

De fait, l’utilisation de comptes de messagerie privés, de téléphones personnels et de technologies non officielles comme WhatsApp et Signal pourrait violer les exigences selon lesquelles la plupart des correspondances gouvernementales doivent être préservées et archivées pour garantir la transparence publique.

Les informations classifiées ou relatives à la sécurité nationale sont soumises à des normes encore plus strictes. Elles ne doivent être transmises que sur les réseaux gouvernementaux les plus sécurisés pour minimiser les risques de fuites ou de cyberattaques.

Le scandale récent impliquant l’ajout accidentel de Jeffrey Goldberg, rédacteur en chef du magazine The Atlantic, à un groupe Signal dans lequel de hauts responsables américains planifiaient une attaque militaire au Yémen, donne du relief à cette précaution.

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