
Amazon Web Services, le géant américain du cloud et pilier invisible d’une grande partie de l’internet mondial, a connu en décembre dernier, une panne de son propre fait. Explications !
Mi-décembre 2025, des milliers d’entreprises à travers le monde — parmi lesquelles le géant de l’intelligence artificielle OpenAI — voient leurs services paralysés pendant treize longues heures en raison d’une panne d’Amazon Web Services (AWS).
Détenant entre 30 et 31% du marché mondial de l’infrastructure cloud, selon les dernières estimations de Gartner et Synergy Research Group, la filiale d’Amazon fournit l’ossature informatique « invisible » qui soutient une large partie d’Internet moderne : sites web, applications mobiles, services financiers ou encore plateformes de streaming.
Mais l’intégration à marche forcée de l’intelligence artificielle semble désormais lui jouer des tours. D’après les révélations du Financial Times (FT), la panne mentionnée plus haut aurait pour origine Kiro, un tout nouvel outil de « vibe coding » développé en interne par Amazon.
Un ingénieur du groupe avait en effet fait appel à cette IA afin de corriger un simple dysfonctionnement sur Cost Explorer, l’outil de suivi des dépenses AWS.
Une IA qui efface ce qu’elle ne comprend pas
Après analyse, face à un environnement qu’il ne parvenait pas à réparer, Kiro a tout bonnement décidé de le supprimer avant de le recréer intégralement. Résultat : des heures d’interruption, aux effets jugés « limités » par Amazon, mais loin d’être anodins pour les équipes et clients concernés.
Le plus troublant reste le contournement des garde-fous. En principe, Kiro requiert la double validation de deux ingénieurs avant toute modification en production. Or, le technicien impliqué lui avait conféré ses propres autorisations, lui permettant d’agir de manière totalement autonome, sans supervision humaine.
Ce qui devait être une intervention de maintenance ordinaire s’est ainsi transformé en sinistre industriel, conséquence directe de la latitude accordée à cette IA. Une dérive d’autant plus inquiétante, note le FT, qu’il s’agissait de la deuxième défaillance du genre en quelques mois.
Amazon sur défausse sur l’humain
La première panne, elle, aurait été causée non par Kiro, mais par son prédécesseur Amazon Q. Cette série d’incidents alimente les inquiétudes d’une partie des employés, qui doutent désormais de la fiabilité de ces outils d’IA dans les tâches de développement quotidiennes.
D’autant que, révèle le quotidien britannique, Amazon vise à ce que 80 % de ses développeurs recourent à l’intelligence artificielle au moins une fois par semaine pour des opérations de codage, et suit scrupuleusement ce taux d’adoption.
La réaction du groupe face à ces révélations est révélatrice de l’état d’esprit qui prévaut au sommet. Dans une déclaration au FT, Amazon a affirmé qu’il s’agissait d’une simple coïncidence que des outils d’IA soient impliqués dans les deux incidents, ajoutant que « le même problème aurait pu survenir avec n’importe quel outil de développement ou action manuelle ».
Au-delà de la question technique, c’est celle de la responsabilité qui concentre les débats. Pour Amazon, la panne de décembre relève d’une erreur humaine. La société soutient que Kiro demande par défaut une validation avant toute action, mais que l’ingénieur concerné disposait de « droits d’accès plus étendus que prévu ». Un défaut de gestion des permissions, insiste l’entreprise, et non une dérive autonome de l’intelligence artificielle.
